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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 12:00

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Or nous conclûmes que l'homme ne pouvait pas vivre sous terre. Trop confiné, trop irrespirable. C'est ainsi d'ailleurs que nous allouâmes l'air libre aux vivants et dévolûmes aux morts cet univers sous nos pieds. Simple répartition des territoires. Mais, suggéra Eudes Bigniou : les animaux sous-terrestres tels que les lombrics ne devraient-ils pas être soumis à la même législation ? Ce serait quand même normal, une question d'équité. N'est-il pas normal de diviser les lieux de vie et ceux de repos éternel ? Nous-mêmes entourons nos cimetières de hauts remparts pudiques. Comme si la terre et les tombes ne suffisaient pas. Le projet fut débattu à l'Assemblée. On en vint à la conclusion que pour respecter la similitude avec nous, ô nous frères humains, il fallait que les sépultures vermiformes flottassent dans les airs. Or ce n'est pas possible, dit un député de l'opposition, à moins certes de placer au-dessus et en dessous de chaque cercueil préalablement métallisé un aimant de la même puissance. Et qui va payer, le contribuable comme d'habitude ? vitupéra un député d'extrême-droite, dans son bon droit. Eudes Bigniou fit taire les vents contraires en publiant une tribune dans Le Monde où il expliquait que cette mesure ne ferait que remettre en vigueur une tradition inaugurée par Paul Celan dans sa Fugue de mort. A l'exception de ceci que l'on serait à l'étroit dans de telles tombes volantes puisqu'elles auront été pensées pour contenir des lombrics. Le débat se tassa et nous légiférâmes.

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Published by Clément Fingal Bénech
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